Vincent Beer-Demander : Carillon pour mandoline
Carillon pour mandoline
J’ai composé cette œuvre pour mon élève Mila Hudelot. Ces variations, bien que relativement accessibles d’un point de vue technique on toute légitimité à être donnés en concert. Mon travail a consisté à m’emparer d’un des thèmes populaires français les plus anciens et les plus connus afin de l’habiller à travers les principales esthétiques de l’histoire de la musique.
Ainsi, ce voyage dans le temps débute au XVème siècle par cette fameuse comptine qui décrit les cloches de la ville de Vendome. Elle est dédiée au Dauphin Charles et date de 1420, ce qui nous plonge dans la sombre période de la guerre de 100 ans.
J’ai choisi le mode de jeu harmonique pour figurer les cloches. Le traitement purement mélodique confère à l’exposition du thème principal un caractère proche du texte original. Ma première variation propose le thème dans un contexte plus baroque, notamment par l’harmonisation tonale de ce dernier et l’emploi du mode mineur comme se plaisait à l’utiliser Jean Baptiste Lully à la cour de Louis XIV. Les ornements et la nuance soutenue participent à donner à cette variation l’ambiance et le style de cette esthétique baroque française. La variation suivante rend hommage au génie classique qu’est Wolfgang Amadeus Mozart. En effet, il n’est pas de musiciens qui ignorent le talent du composteur viennois et j’ai utilisé le thème du carillon de Vendome en employant l’un des procédés d’accompagnement musical préféré de Mozart à savoir la dite « basse d’Albertini ». Le mode de sol majeur (qui est également celui de la Petite Musique de Nuit du compositeur), la nuance modéré et l’indication « leggiero » dans un thème dit « Allegretto » contribuent à décrire le charme de la musique du siècle des lumières. Nous réalisons ensuite un bond dans l’espace et dans le temps pour retrouver la mélodie dans le style du pianiste et compositeur romantique français Frédéric Chopin. Pour cela je ne suis inspiré de son fameux prélude n°4 opus 28 en mi mineur qui commence d’ailleurs de la même façon que ma variation. Nous entrons enfin dans le 20ème siècle avec une variation traitée à la manière des compositeurs en ruptures avec les esthétiques précédentes et je me suis inspiré pour cela de certains rythmes très binaires reconnaissable dans l’histoire du soldat d’Igor Stravinsky, en privilégiant des intervalles « durs » comme, la quarte, la quinte et les intervalles augmentés. Pour clore ce thème et variation, j’ai souhaité finir par une musique plus actuelle, proche de celle qu’écoute ma génération, à savoir la pop et le rock. C’est principalement par la nuance et l’accentuation mais aussi par le choix d’harmonies spécifiques (renversements d’accords privilégiant les quintes) que j’ai traité cette ultime variation qui aboutie sur une courte mais virtuose coda présentant un chromatisme dans les voix intermédiaires, point final de ce voyage dans le temps.

